Chronique EESF N°12 - Avril 2010

Solidarité

La grande nouvelle de ce mois-ci, c’est l’entrée de Présent d’Avenir au conseil d’administration de SOPREEF pour y promouvoir les principes de solidarité et d’équité. Cet évènement est l’aboutissement d’un long cheminement : dès la création de SOPREEF, il y a deux ans, l’objectif était de mobiliser un partenaire n’ayant pas d’autre intérêt que la promotion des valeurs humaines qui fondent un développement durable.

L’association Présent d’Avenir (France) s’est inscrite résolument dans cette perspective. Elle s’est tout d’abord engagée à sécuriser sur plusieurs années le budget de fonctionnement de SOPREEF, grâce à des ressources mobilisées principalement auprès d’un réseau d’épargnants solidaires, pour donner le temps au programme de se structurer, de développer ses capacités, d’élaborer en toute indépendance sa stratégie. Elle s’est également fortement investie dans la recherche de partenaires financiers et commerciaux pour le projet d’huilerie de SOPREEF, faisant en France la promotion du programme auprès de collectivités locales et d’acteurs du commerce équitable. Ce mois-ci, enfin, une représentante de l’association, Aline Dégeilh, est venue rencontrer les responsables de la Fédération de Producteurs de Tabanani pour établir avec eux la relation directe qui seule peut nourrir la solidarité.

Après un échange intense sur l’état du programme, l’assemblée générale de la FPTF a décidé de soutenir l’intégration de Présent d’Avenir au Conseil d’Administration de SOPREEF.

Une telle décision n’aurait pas été possible sans une compréhension partagée, ou plutôt une recherche partagée, de ce qu’implique dans notre quotidien l’affirmation de notre adhésion aux valeurs de Solidarité et d’Equité : une recherche loin d’être achevée, mais dans laquelle aujourd’hui tous sont désormais clairement engagés.

Au fil des discussions qui ont alimenté ces journées, il est devenu évident que la Solidarité n’a pas pour objet de couvrir les erreurs des autres, ni de leur faire la charité, mais de les soutenir envers et contre tout lorsque l’on est convaincu de la valeur de leur choix, quelle qu’en soit l’audace. La plus belle définition est sans doute celle qu’en a donné Ndene Ndiaye devant tous les représentants du programme : ‘Etre solidaire, c’est agir toujours selon la vérité et quand il y a des erreurs réparer les dégâts sans garder rancune’.

Quant à l’Equité, qui s’exprime en premier lieu à travers l’application du principe ‘un associé, une voix’ au conseil d’administration de SOPREEF, il est apparu qu’il ne peut s’agir d’une concession que l’on ferait à un partenaire estimé plus ‘faible’ : le droit à un traitement équitable n’exonère aucun d’entre nous des contraintes qui sont imposées aux autres. Ainsi il est indispensable désormais que la FPTF achève de réaliser, au même titre que les autres associés, son apport de 1 MFCFA au capital de SOPREEF.

Mais elle revêt bien d’autres dimensions.

L’Equité commence, comme l’a rappelé Mamadou Thioub, par l’écoute et le respect des connaissances de l’autre. De façon plus générale elle exige de reconnaître la valeur de toute forme de contribution à la réussite du programme : le niveau d’investissement de chacun, sur lequel repose son autorité morale dans la gestion du programme, ne se mesure pas simplement par l’état de son compte associé ou de ses contributions financières ; la mobilisation au sein de la FPTF pour la prise en charge de la composante ‘plantations de jatropha’ du programme, que l’on peut observer sans conteste à travers par exemple par la multiplication de très belles pépinières et le projet des écoles, ne doit pas être sous-évaluée.

L’Equité sous-entend aussi une idée de justice, que la FPTF a très bien exprimée en reconnaissant le droit de Performances à bénéficier du fruit de son travail au même titre que n’importe quel paysan membre.

Finalement, ce qui ressort de ces réflexions, c’est que la Solidarité et l’Equité n’ont de sens que si elles sont associées à une forte volonté de réciprocité sans laquelle nous nous plaçons dans des schémas d’assistance et de dépendance dont on sait qu’ils ne sont porteurs d’aucun développement durable.

Une nouvelle dynamique est enclenchée et l’idée d’entreprise solidaire est entrain vraiment de prendre forme.

Bien sûr il reste encore beaucoup à faire, et des décisions difficiles à prendre nous attendent : il a été convenu qu’elles seront abordées en concertation avec l’ensemble du conseil d’administration de la FPTF, qui réunit tous les présidents de groupements ; ces rencontres seront l’occasion de poursuivre nos réflexions et de réécrire progressivement ensemble la ‘charte d’associés’ de SOPREEF afin qu’elle constitue une référence claire pour chacun de ceux qui s’engagent dans la mise en œuvre du programme.

Bruno Legendre, agronome


publié par   Bruno Legendre
le mercredi 5 mai 2010
 
 

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