Qui donc a intérêt à discréditer les initiatives pour l’appropriation de la filière Jatropha par les acteurs ruraux ?


Le 23 septembre 2010, nous avons eu la surprise de découvrir sur le site du réseau associatif Ritimo un article intitulé ‘Agrocarburants. Les choix aventureux de l’agrobusiness’, dans lequel il est dit dans un paragraphe intitulé ‘Business is Business’ :

« La société Performances, qui se présente comme un cabinet d’expertise sénégalais, a monté un projet de promotion du tabanani dans le département de Foundiougne. Elle affiche clairement que la production d’agrocarburants n’est qu’un business, une affaire d’argent. Dès lors, l’objectif visé n’est rien d’autre que de rentabiliser un investissement dans un domaine économique semblable à n’importe quelle autre portion de l’économie. »

Cet article, que son auteur n’a pas eu le courage de signer et qui dès lors engage l’ensemble du réseau Ritimo, ne nous donne pas non plus la possibilité de réagir publiquement et directement ; c’est scandaleux.

Le 20 octobre, le réseau Ritimo a décidé de retirer ce paragraphe de l’article, que vous trouverez ici, mais n’a pas accepté de nous accorder un droit de réponse sur son site.

La présidente du réseau Ritimo nous a adressé un courrier d’excuses, mais qui, tant qu’il n’est pas public ou associé à la publication sur son site d’un article objectif sur le programme EESF ne peut pas prétendre réparer les torts que nous avons subis. A défaut de publier lui-même notre réponse, le réseau Ritimo a été invité le 02 novembre 2010 à réagir à l’article ci-dessous afin que sa position soit clairement exprimée auprès de tous ceux qui nous soutiennent et de nos partenaires.

Le programme Energie Eau Solidarité Foundiougne (EESF) est une initiative portée depuis 2007 par des agriculteurs (Fédération des Producteurs de Tabanani de Foundiougne, FPTF) et une structure de conseil sénégalaise (Performances).

Son objectif est de créer les conditions d’une amélioration durable des conditions de vie dans le département de Foundiougne (Région de Fatick, Sénégal) : dans cette région isolée du delta du Saloum, les ressources en eau sont de très mauvaise qualité (salées et fluorées) ; les revenus générés par l’exploitation de la filière courte Jatropha, et surtout indirectement par la possibilité de valoriser les productions existantes, permettront de développer et de pérenniser l’accès des populations à des services d’eau et d’électricité de qualité qui font aujourd’hui cruellement défaut.

Performances est le concepteur du programme EESF et elle participe activement à sa mise en œuvre ; elle ne se l’est pas pour autant approprié et recherche en permanence, ouverte au conseil de tous ceux qui soutiennent et encouragent cette initiative, à en améliorer la gouvernance

Les partenaires de Performances

La coordination du programme EESF est assurée par SOPREEF, entreprise solidaire de droit sénégalais au sein de laquelle l’ensemble des acteurs du programme sont représentés et bénéficient d’une même capacité de participation aux processus de décision, quelque soit l’importance de leur engagement financier.

L’Association Présent d’Avenir, réseau d’épargnants solidaires français, soutient depuis septembre 2009 la formation de 10 relais techniques au niveau des groupements de producteurs et leur accompagnement par un technicien. En avril 2010, les acteurs du programme lui ont proposé d’entrer au Conseil d’Administration de SOPREEF afin de veiller au strict respect des valeurs de Solidarité et d’Equité dans les relations qu’ils développent entre eux.

En 2010, la Fédération de Producteurs de Tabanani de Foundiougne (FPTF) a décidé de s’approprier le développement des plantations de Jatropha et a produit 70.000 plants au niveau d’une trentaine de pépinières. Elle développera cette activité à son rythme, sans aucune pression extérieure.

Cette même année, un groupe d’enseignants a décidé d’apporter sa contribution à la promotion des valeurs qui portent le programme en intéressant des enfants originaires de 27 villages à l’investissement de leurs parents. Devant l’engouement suscité par cette initiative, nous sommes entrain de mobiliser des ressources pour l’étendre à toutes les zones d’intervention du programme car, nous en sommes convaincus, c’est dans le regard que les enfants d’aujourd’hui portent sur leur avenir que se trouve la durabilité des actions que nous menons.

Ce sont là autant de manifestations de reconnaissance, auxquelles nous attachons une très grande valeur, de la sincérité de notre engagement et de la qualité du travail que nous accomplissons.

Puissamment relayée par ses partenaires, Performances pourra désormais s’investir dans la mobilisation de ressources pour la création d’un centre de formation de techniciens ruraux et l’implantation de petites unités polyvalentes d’extraction d’huiles végétales au niveau de chacun des pôles de développement du programme : l’objectif est de permettre aux agriculteurs membres d’améliorer leurs revenus par la valorisation de leur production de Jatropha, mais aussi d’arachide, de sésame, de cajou.

Nos motivations

Toute la démarche de mise en œuvre du programme EESF est fondée sur les principes de transparence, de solidarité et d’équité ; et lors de leur assemblée générale du 28 avril 2010, les membres de la FPTF, qui représentent 600 paysans, ont renouvelé à l’unanimité leur adhésion à ces principes et leur confiance dans le partenariat qu’ils ont engagé avec Performances.

Pour eux comme pour Performances la production d’agrocarburants, et toute la dynamique qui l’entoure, n’ont comme objectif que de donner aux populations rurales l’accès à une source d’énergie abondante et renouvelable et à de nouvelles sources de revenus, indispensables pour sortir de la pauvreté.

Oui, le programme EESF est une affaire d’argent, parce que la lutte contre la pauvreté passe par la génération de revenus ; mais ses promoteurs et partenaires travaillent ensemble à établir les mécanismes qui garantissent une distribution équitable des ressources qu’il a l’ambition de générer.

Oui, l’objectif du programme EESF est de rentabiliser les investissements qu’il réalise, car la pérennisation des acquis constitue un des principes de base d’un développement durable. Mais pour ses promoteurs il ne s’agit pas simplement d’investissements financiers : ils veulent que soit valorisé l’immense investissement humain que représente la mobilisation de 600 paysans, et honorée la confiance que leur accorde un réseau de sympathisants de plus de 150 personnes, de toutes conditions et nationalités.

Invitation

Le Ritimo se définit comme un réseau d’information et de documentation pour le développement durable et la solidarité internationale.

Nous aurions attendu de lui qu’il soutienne nos efforts pour promouvoir une alternative aux projets agro-industriels de production de biocarburants qui partout dépossèdent les paysans de leurs terres et mettent en danger la sécurité alimentaire des plus pauvres.

Nous aurions attendu de lui qu’il soutienne notre recherche d’un avenir où la solidarité, par reconnaissance et respect des savoirs que cachent trop souvent une vision de la pauvreté qui est loin d’être désintéressée, n’exclurait pas le partage et la réciprocité.

Sans doute sommes nous trop petits pour être entendus, écoutés. Et nous disposons de trop peu de moyens pour communiquer activement et largement sur ce que nous sommes, ou voulons être.

Aujourd’hui nous avons besoin de l’expression de votre soutien actif :

En apportant ci-dessous votre témoignage et votre soutien, vous contribuerez à donner du poids à notre lutte pour un monde plus juste et solidaire.


C’est de votre part un geste solidaire et responsable que nous sollicitons. Vous comprendrez donc que seules seront publiées sur ce site les contributions clairement identifiées.

Indiquez votre nom, l’organisation à laquelle vous appartenez, et, si vous souhaitez que nous gardions le contact avec vous, votre adresse email.


publié par   Bruno Legendre
le vendredi 24 septembre 2010
 
 

Contributions

par  Christophe Lesueur, le lundi 27 septembre 2010 à 20h59
Il me paraît très légitime de poser le débat sur le sujet, mais j’ai été très étonné de voir citer l’exemple de l’initiative portée par Performances à Foundiougne ! C’est un contresens énorme. Une réparation et des explications s’imposent !
Site web : http://hubrural.org
par  Cheikh Hamidou Kane, Enseignant à l’Université de Thiès, le mardi 28 septembre 2010 à 11h31
Une tentative manifeste de vouloir nuire et discréditer d’honorables personnes qui travaillent avec acharnement afin de donner une voix aux sans voix et d’apporter l’espoir et de nouvelles opportunités à des enfants, leurs familles et leurs communautés. Pourquoi et qui vise t-on à travers cet article ? Assurément une réparation et des explications s’imposent !
par  Guy Mergeai, le mercredi 29 septembre 2010 à 16h33
Je ne comprends pas comment on peut critiquer de manière aussi lapidaire et non constructive l’initiative très intéressante supportée par Performance au Sénégal. La SOciété pour la PRomotion de l’accès à l’Energie et à l’Eau dans le département de Foundiougne (SOPREEF) dont la Fédération des producteurs de Tabanani du département de Foundiougne (FPTF) et Performance sont actionnaires est une entreprise solidaire. C’est une société de droit sénégalais dont la structure du capital permet à la fois un contrôle des acteurs locaux sur les décisions économiques et commerciales relatives aux domaines d’investissement de la société, et un arbitrage fort sur les questions touchant au développement durable de la région. Les associés interviennent à voix égales au Conseil d’Administration, indépendamment de l’importance de leur engagement financier. Son existence permet de garantir que la filière jatropha locale et les activités de transformation d’autres productions agricoles locales (arachide, sésame) mises en place et les revenus qui y seront générés bénéficieront de manière prépondérante aux producteurs familiaux locaux tout en assurant ses conditions de durabilité économique et environnementale. S’il réussit, et c’est le souhait de tous ceux qui soutiennent ce projet, il peut devenir une référence en matière d’initiatives pour un développement durable au Sénégal et en Afrique de l’Ouest
par  Pascale Tiévant, Secrétaire de l’association Présent d’Avenir, le mercredi 29 septembre 2010 à 17h46

Je voudrais faire part ici de ma profonde conviction de participer à une
action visant, avant tout, à donner une autonomie économique et à
améliorer les conditions de vie des habitants de la région de
Foundiougne. Ceci ne peut passer, bien entendu, que par l’élaboration
sérieuse d’un « plan de développement ».

La présentation dépréciative et négative des activités du cabinet « 
Performance », faite récemment sur le site du réseau associatif de
Ritimo, nie totalement le travail et les buts du programme EESF et, dans le
même temps, toute l’action de l’association Présent d’Avenir. En
tant que secrétaire de cette association, je suis profondément révoltée
par ce procédé, d’autant plus dommageable qu’il est engagé par un
réseau soucieux de sa réputation.

par  Benoit Bardon, restaurateur à Coligny, le jeudi 30 septembre 2010 à 17h22
Aide, assistance, développement durable, solidarité, humanitaire, coopération,... : depuis des décennies, des actions sont menées dans les pays du sud, frappées de l’un ou l’autre de ces labels, marquées de l’une ou l’autre de ces conceptions, de l’une ou l’autre de ces lignes de pensée. Depuis des décennies, des actions sont financées par les pays développés pour « aider » les pays les moins avancées, les pays en voie de développement, les pays sous développés, les pays du tiers monde. Depuis des décennies, des occidentaux identifient, conçoivent et mettent en œuvre ces actions. Le plus souvent dans un but tout à fait louable. Le plus souvent dans l’espoir et avec l’objectif, de venir en aide, d’améliorer, de favoriser. Depuis plusieurs décennies, cette situation perdure. L’initiative menée par Sopreef est gênante, dérangeante. Car elle montre que des acteurs du Sud peuvent prendre les choses en main. Elle montre que des citoyens d’un pays sous développé, sont capables d’imaginer, d’initier et de mettre en œuvre, un projet de développement sans avoir à aucun moment eu besoin sur leurs épaules, de la main bienveillante d’un salarié d’une organisation de développement. Le projet initié et porté par Sopreef est d’autant plus perturbant que ses acteurs ne demandent pas d’aide, mais des investissements. Ils ne réclament pas d’assistance, mais des partenariats. Ils ne proposent pas de reconnaissance, mais de rémunérer les investissements. Ils ne quémandent pas de solidarité, mais proposent des collaborations, réclament des synergies. Le projet imaginé, initié, puis mis en œuvre par Sopreef est gênant parce qu’il vise la pérennité. Parce qu’il va vers l’autonomie. Vers l’autodétermination et à terme la liberté.
J’espère non seulement que le projet porté par Sopreef continue par ses avancées, de susciter l’inquiétude chez ceux dont le « secours » n’a pas été nécessaire et se retrouvent donc sans raison d’être, mais qu’il ne soit que le premier exemple d’une longue lignée : car le plus dérangeant dans ce projet, c’est que tant les conditions de sa mise en œuvre que sa pérennité le rendent reproductible. Très bonne marche à vous.
par  Jean-Pierre Caron,coordinateur de l’ association la Nef, le vendredi 1er octobre 2010 à 14h16
Nous soutenons ce programme pour son aspect social et solidaire, et pour la maniere dont ils entendent traiter ce sujet des cultures en alternative précisément à l’agroindustrie.
par  Benoit Lebot, Programme des Nations Unies pour le Développement, Bureau Régional de Dakar, le mardi 5 octobre 2010 à 14h20
Le programme Energie Eau Solidarité Foundiougne (EESF) retient notre attention depuis son lancement, tant sur le fond que sur la forme. Il reste un bel exemple d’appropriation par les acteurs du terrain des enjeux du développement local, de l’accès à l’énergie et s’inscrit pleinement dans l’indispensable lutte contre le changement climatique. Nous travaillons de près avec le Cabinet Performance et nous pouvons témoigner de la compétence et de l’intégrité de son directeur. Nous avons bien l’intention de poursuivre toutes les collaborations entamées.
par  Elimane Baba Ndaw, Opérateur économique à Sokone, Sénégal, le dimanche 10 octobre 2010 à 18h03

Bonjour. Qu’elle horreur !! Chaque fois qu’un choix judicieux ou un processus s’opère pour sortir les braves gens des ténèbres et leur faire retrouver leur dignité de citoyens nouveaux, il y a des mal intentionnés qui, sans le savoir, au lieu de décourager ou démobiliser les acteurs, les stimulent pour aller de l’avant.

Ils perdent leur temps car, l’idée du projet s’est déjà emparée des populations du département de Foundiougne et est déjà devenue une force réelle, donc une réalité
palpable.

Je vous encourage et vous demande de tenir bon.
Amicalement

par  Coordination régionale Afrique de l’Ouest de l’ONG ADG, le mercredi 20 octobre 2010 à 18h33
ADG et les porteurs du programme EESF partagent une approche similaire du développement rural : la promotion du développement endogène. L’engouement, suscité dès 2008 par le programme étatique spécial biocarburant, a motivé la plantation de Jatropha par les populations dans différentes zones du Sénégal. La promotion des agro-carburants est un sujet de litige, par rapport notamment à la sécurité alimentaire, et fait l’objet de nombreuses critiques. Nous sommes attentifs à celles-ci et nous nous en tenons informé via divers plateformes (Plateforme Souveraineté Alimentaire (PFSA)) et réseaux (RITIMO, RIAED…). En novembre 2009, nous avons également poussé la réflexion sur les risques liés à la production de biocarburant sur la sécurité alimentaire lors d’un séminaire organisé à Ouagadougou. C’est donc de manière réfléchie et prudente que nous répondons à l’appel de groupements d’agriculteurs intéressés tel que la FPTF (Fédération des Producteurs de Tabanani de Foundiougne). Le développement de la culture de Jatropha dans le département de Foundiougne se fait en vue de produire des services d’électrification et d’exhaure pour la population. Parallèlement, une parcelle de recherche sur le Jatropha servant d’échange et de vulgarisation avec les producteurs de la zone a été mise en place. Un projet de validation de la filière courte Jatropha pour améliorer les revenus des populations rurales est également en cours d’exécution dans la zone de Dialacoto, ce qui permet des échanges d’expérience interzones. C’est donc en s’appuyant sur les synergies que nous tentons de répondre aux besoins des populations rurales tout en préservant leur sécurité alimentaire. Mobilisons les connaissances qui nous sont accessibles pour réussir ce défi et déterminer les possibilités de mettre en place une filière produisant des revenus et services supplémentaires en milieu rural au Sénégal.

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