Histoire du programme EESF

Une initiative locale de développement dans le département de Foundiougne (Sénégal)

En 2008, des experts et des paysans sénégalais s’associent pour s’investir dans la mise en œuvre d’une dynamique de développement à l’échelle du département de Foundiougne (région de Fatick, Sénégal).

Trois ans plus tard, le programme Eau Energie Solidarité Foundiougne s’adresse aux problématiques de la lutte contre la pauvreté en milieu rural : accès à l’eau potable, accès à l’énergie, valorisation de la production agricole, gestion de l’environnement, éducation des jeunes, création d’emplois.

Organisations de la société civile, entreprises, collectivités locales sont étroitement associées pour relever les défis du développement durable.

Voici un résumé de trois années d’efforts intensifs, et d’un investissement financé essentiellement sur ressources propres.

2007 : Idée initiale

Performances (cabinet sénégalais d’expertise en développement durable) était alors gestionnaire dans le département de Foundiougne d’un service d’électrification rurale dans 280 villages, auprès de plus de 8000 familles équipées de systèmes solaires photovoltaïques.

Un tiers environ des usagers avaient des difficultés à s’acquitter du forfait mensuel de 4.175 FCFA correspondant au 1er niveau de service de la grille de tarification officielle. Et, si l’accès à l’électricité avait profondément modifié les conditions de vie, nombreux étaient ceux qui exprimaient leur frustration de ne disposer que d’une quantité limitée d’énergie, ne permettant pas de répondre à leurs besoins pour la production de froid et la transformation des produits agricoles.

Lorsque le gouvernement du Sénégal a annoncé son intention de promouvoir à l’échelle nationale une production de biocarburant à base de Jatropha, nous nous sommes posés la question :

N’y a-t-il pas là pour le monde rural une opportunité à saisir, pour générer les revenus et l’énergie qui lui font défaut ?

2008 : Concertation et lancement du programme

Après une large concertation avec des paysans, des élus locaux et des partenaires institutionnels et financiers potentiels, le lancement du programme a eu lieu en fin juin 2008 , matérialisé par la création de la Fédération des Producteurs de Tabanani de Foundiougne (FPTF) et de SOPREEF, entreprise solidaire chargée de la coordination du programme.

Le programme EESF propose de développer une alternative à la production agroindustrielle de biocarburants, en établissant une filière locale, contrôlée par les acteurs ruraux, de production d’une huile végétale pure répondant aux normes de qualité internationales.

Deux objectifs prioritaires sont définis :

  • développer les capacités organisationnelles, techniques, financières nécessaires pour permettre à tous les villages adhérents d’accéder à l’eau potable, dans cette région où les ressources en eau sont souvent très fortement salées et fluorées.
  • développer de façon durable une source d’énergie renouvelable et accessible à tous, indispensable pour relancer le développement de cette région qui fut autrefois l’une des premières zones de production agricole du Sénégal.

Un axe stratégique est identifié :

Etablir et promouvoir une relation solidaire entre acteurs du développement et un accès équitable aux ressources qu’il génère ou mobilise.

2009 : Réajustements techniques et stratégiques

Les premiers pas du programme sont difficiles :

  • Une campagne internationale dénonce les risques que la production de biocarburants fait peser sur la sécurité alimentaire, le foncier. Même si cette campagne est dirigée contre les projets agroindustriels, l’opinion publique est de façon générale s’inquiète, à juste titre, de la durabilité des biocarburants produits.
  • Le Jatropha ne répond pas aux promesses énoncées par une littérature trop enthousiaste. C’est une plante certes très résistante à la sécheresse, mais sa mise en place est délicate : elle n’est pas exempte d’attaques parasitaires et à l’évidence elle se développe beaucoup mieux dans des sols riches en matière organique.
  • Malgré les nombreuses manifestations de soutien reçues en 2008, la mobilisation de financements pour le développement d’une entreprise rurale se heurte à de nombreux obstacles.

Le programme EESF est innovant, et, malgré le sentiment largement partagé qu’il ouvre une nouvelle perspective au développement rural, il doit porter seul les risques et le poids de l’innovation qu’il propose.

Parallèlement à l’apprentissage de la maîtrise des plantations de Jatropha, des échanges approfondis avec les sociétés françaises Olier et Atelier du Lys ont permis de mieux définir le processus de production d’huile à mettre en place. De cette réflexion il ressort que :

  • L’idée est largement répandue que l’huile brute produite avec des presses de type Sundhara permet de faire fonctionner des moteurs rustiques du type de ceux qui équipent les plateformes multifonctionnelles. Mais la qualité des huiles ainsi produites et l’impact de leur utilisation sur le vieillissement des moteurs n’ont pas fait l’objet d’évaluations professionnelles et ce qui est sûr c’est que les excédents ne pourront pas être commercialisés pour d’autres applications (véhicules, groupes électrogènes de puissance) : la solution retenue au Mali, objet du partenariat entre Mali Biocarburant SA et des organisations paysannes de la région de Koutiala, est de transformer en biodiesel l’huile non utilisée au niveau villageois.
  • La production d’une huile végétale de qualité se définit comme une ’Première extraction à froid’. C’est par ailleurs la définition même des huiles vierges alimentaires. Or il existe dans la région d’implantation du programme EESF de nombreuses espèces oléagineuses qui sont mal (arachide, sésame) ou pas du tout valorisées (balanites, mangue, baobab...).
  • Les presses à vis à barreau, associées à des filtres à plaques, sont les plus répandues et sont bien adaptées à la production de grandes quantités d’huile. La presse à vis à tube est mieux adaptée à un processus discontinu (décantation et filtration uniquement lors de la reprise de stockage) et à une production d’huiles diversifiées (facilité de nettoyage), et son coût permet d’envisager l’établissement de petites huileries artisanales décentralisées.

En fin 2009, la situation est la suivante :

  • Le parcours technique pour l’établissement de plantations de Jatropha est maîtrisé. On s’oriente vers des plantations en haies ou en culture alternée, établies par repiquage de plants produits en pépinières, et non par semis direct.
  • La presse Axia est retenue : c’est une presse à vis à tube dont le débit réduit est compensé par sa robustesse, permettant d’envisager un fonctionnement continu, et dont le coût d’investissement, intermédiaire entre les presses industrielles et les presses de fabrication locale, permet d’envisager une production décentralisée d’huile de qualité.
  • La volonté du Programme EESF de s’inscrire dans une logique de développement local durable sont affirmés avec force sur divers forum sur internet et par la diffusion d’une ’Chronique’ périodique. Son objectif est d’intégrer la production d’huile de Jatropha dans les systèmes de production paysans ; il vise en effet à :
    • Permettre aux acteurs ruraux de s’approprier la production de biocarburants comme source d’énergie durable indispensable au développement de leur propre activité ;
    • Mettre en place une organisation qui garantisse aux paysans qui en sont membres une valorisation maximale de leur production
    • Valoriser les capacités techniques, matérielles et humaines, qu’il met en place dans une perspective de développement du potentiel économique de la région, par la diversification des huiles produites
    • Décentraliser la production d’huile afin de renforcer les capacités techniques dans les zones de production, de permettre une production locale d’énergie à coût marginal et la valorisation locale des sous-produits.

Cette approche convainc : un réseau d’épargnants solidaires, Présent d’Avenir, s’organise en France et mobilise autour des valeurs promues par le programme.

2010 : Consolidation de l’organisation

Dans une entreprise solidaire, chaque groupe d’acteur concerné par les activités du programme se voit offert la possibilité de disposer d’un représentant au conseil d’administration, avec une voix égale à celles des autres indépendamment du niveau de son implication financière.

SOPREEF réunit désormais 3 partenaires : La Fédération des Producteurs de Tabanani de Foundiougne (200 membres actifs), Performances, et le réseau d’épargnants solidaires Présent d’Avenir.

Chaque partenaire a un rôle bien défini :

  • La FPTF développe le programme de plantations. Elle est appuyée par un technicien agricole employé par SOPREEF, assisté au niveau de chaque groupement par un relai technique . En fin 2010, elle est passée de 10 à 14 groupements de producteurs et 82.000 pieds de Jatropha ont été recensés.
  • Performances assure la coordination du programme (elle prend en charge le salaire du coordinateur et mets à sa disposition un véhicule) et la mobilisation de financements (négociations et suivi de partenariats).
  • Présent d’Avenir veille au respect des principes de Solidarité et d’Equité dans les décisions prises et les orientations données au programme. Elle assure l’interface avec les sources de financement françaises (Fondations, collectivités locales) et anime un large réseau de solidarité.

Les concepts de Solidarité et d’Equité font l’objet d’un large débat entre les acteurs du programme. L’assemblée générale de la FPTF en avril 2010, à laquelle Performances et Présent d’Avenir sont invités, est l’occasion d’échanger sur les modalités pratiques de leur mise œuvre.

2011 : Développement des partenariats

Le programme EESF dispose maintenant de bases solides. Ses promoteurs ont fait la preuve de leur volonté de le promouvoir quelles que soient les difficultés rencontrés et de leur attachement aux valeurs qui en font l’originalité.

La crédibilité acquise a permis de formaliser des partenariats importants avec :

  • L’Université de Gembloux (Belgique) et l’Ecole Nationale d’Agronomie (ENSA, Thies) : le programme de recherche-développement PIC Jatropha, centré sur l’intégration du Jatropha dans les systèmes agricoles paysans, s’appuiera sur les relais techniques des groupements de la FPTF. Pendant 5 ans il contribuera à leur formation.
  • Kinome : son programme ’Reforest’action’ mobilise des ressources pour soutenir des initiatives locales de reboisement. Elles permettront de prendre en charge le salaire et le fonctionnement du technicien agricole, contribueront à l’installation d’huileries décentralisées et à la mise en œuvre d’un nouvel axe d’activités dans le domaine éducatif.
  • La Fondaton POWEO, la Région Midi-Pyrénées, l’Association La Nef, l’Association Cap Développement Sénégal, la Mairie de Sokone, ont accepté de cofinancer la réalisation d’une première huilerie au siège de SOPREEF à Sokone.

A suivre... ’Le programme EESF aujourd’hui’


Pour en savoir plus sur le programme EESF et ses fondements,


publié par   Bruno Legendre
le jeudi 21 avril 2011
 
 

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