Interrogations sur le projet de NEO Senegal à Gossas


Le Mardi 29 janvier 2013, la presse sénégalaise relaie une information diffusée la veille par l’Agence de Presse Sénégalaise, sous le titre aguicheur "Une usine de trituration de jatropha va créer 20.000 emplois à Gossas".

Cette annonce de la société NEO Sénégal, est-elle sincère ?

Elle pose en effet de nombreuses questions.

Au moment où la plupart des projets agroindustriels de production de Jatropha au Sénégal abandonnent, la société NEO fait montre d’un optimisme qui interroge. A moins que ce ne soit un baroud d’honneur avant que, elle aussi, ne se retire.

Les difficultés sont en effet nombreuses : la maîtrise de cette culture n’est pas simple et en tout cas, si elle est certainement très résistante, elle se contente de végéter sur des sols pauvres ; la commercialisation de l’huile se heurte à la lenteur de la mise en place d’un cadre institutionnel qui doit clarifier entre autre les contraintes de qualité et la fiscalité de la filière ; nombre d’investisseurs se sont heurtés à des conflits fonciers parfois très violents.

Les questions que l’on se pose sont donc celles-ci :

1. Comment se justifie un investissement de 1.5 milliard de FCFA, alors qu’il n’existe encore aucune production pour alimenter ses presses ? qu’elle doit faire venir des graines entre autres du Mali, où les opérateurs de la filière eux-mêmes disent ne pas en disposer suffisamment ?

2. L’investissement qu’elle prétend mobiliser, de 6.6 milliards de FCFA, représente 660.000 FCFA par ha de terres dites "marginales" destinées à être plantées en jatropha. Or avec la moitié de cet investissement, on aurait pu restaurer la fertilité de ces sols et renforcer la production vivrière.

3. Que gagne le Sénégal dans un tel schéma ? son statut d’entreprise franche impose à NEO d’exporter 80% de sa production ; elle ne contribuera donc pas à l’approvisionnement du pays en énergie durable.

4. Que gagnent les paysans dans un tel schéma ? Le prix qu’elle offre, de 72 FCFA/kg, sachant que sur des terres "marginales" la production ne dépassera jamais 1 à 1.2 t/ha, rémunère-t-il le travail d’entretien pendant les 3 à 5 premières années de croissance, de récolte ?

5. Quels sont ces 20.000 emplois "directs" que l’entreprise va "créer" ? Le département de Gossas ne compte que 150.000 habitants, enfants et vieillards confondus ! Il s’agit très certainement de la main d’oeuvre nécessaire pour exploiter les 60.000 ha ciblés. Avec en moyenne 3 ha par personne, le revenu généré est de 260.000 FCFA/an : peut-on considérer avoir "créé" un emploi lorsque celui-ci n’est rémunéré qu’à hauteur de 20.000 FCFA/mois ? Et encore, on n’a pas pris en compte ici l’intérêt des paysans qui auront mis à disposition leur patrimoine foncier (si on applique les pratiques traditionnelles, il devrait percevoir la moitié des revenus...) ?


Depuis 5 ans est entrain de mûrir dans le département de Foundiougne une alternative à l’agression des agroindustriels.

Lisez l’article Une entreprise solidaire, et découvrez dans le livre "Dynamiques rurales, moteurs de développement durable" les fondements de cette approche.


publié par   Bruno Legendre
le mercredi 30 janvier 2013
 
 

Contributions

par  Christian PRETOT, le mercredi 20 février 2013 à 12h59

Interrogations de Monsieur LEGENDRE

Tout d’abord, je suis très étonné que vous ne m’ayez pas contacté directement pour me poser vos questions avant de réagir sur ma communication.
Je ne vois pas le but, sauf à vouloir vous mettre en avant.

Non, Monsieur Legendre, tous les projets n’ont pas été abandonnés.
Uniquement ceux qui manquaient de réalisme et ceux remplis de grande utopie…

Le Jatropha constitue un revenu complémentaire non négligeable et est très intéressant sur de nombreux points. Entre autre, il s’agit de la stabilisation des populations rurales par un patrimoine transmissible. L’arbre produit entre 30 et 40 ans…

NEO préconise un écartement permettant une culture à rotation courte associée de très bonne qualité, notamment en matière de rendement.

Le tourteau issu de notre trituration devra être distribué sur les plantations pour améliorer les terres…

Visiblement, vous avez mal lu le dossier que je vous ai transmis il y a quelques mois. Celui-ci précisait notamment que les 60 000 ha seraient repartis sur l’ensemble du territoire sénégalais en fonction du potentiel de rendement.
C’est donc sur une grande partie du Sénégal que seront repartis également les emplois.

Apparemment Monsieur Legendre, vous ne semblez que très peu au fait des réalités du Sénégal.
En effet, il est admis par les autorités sénégalaises qu’un potentiel de terres cultivables de 20 M d’ha est disponible. Seuls moins de 3M sont actuellement utilisés.

En parcourant depuis plus de 2 ans le Sénégal dans ses coins les plus reculés, je peux confirmer ces chiffres.

Bien que comptant parmi les pays les plus "mécanisés" en matière agricole, le Sénégal souffre essentiellement d’une grande pauvreté technique dans le domaine, comparé aux techniques modernes des pays développés.
Il est temps que le Sénégal s’ouvre à l’agriculture industrielle créatrice de richesse et de développement.
Je combats farouchement toutes les initiatives qui cantonnent exclusivement les paysans dans la pauvreté par des petites agricultures.

NEO a l’ambition d’être une locomotive industrielle qui permettra aux petits agriculteurs, qui veulent s’intégrer dans le système, de croitre tout en gardant leur autonomie.

Ce que vous proposez aujourd’hui exclut de fait les paysans des différents progrès actuels, notamment en matière de soins médicaux et de confort de vie.
Pire, les soumets à la mendicité des ONG qui leurs prodiguent quelques soins épisodiques…

Privilégier exclusivement la petite agriculture familiale favorise le travail des enfants et ne permet pas au pays de se développer et d’accéder aux techniques et moyens modernes dans le domaine agricole.

Je vous invite à venir parcourir le Sénégal avec moi pour vous rendre compte des réalités de ce pays et des paysans.
Mais ceci sera certainement moins confortable qu’un bureau dakarois bien climatisé…

Pour votre information, le statut "Zone Franche" est synonyme de richesse pour le pays en permettant l’entrée importante de devises.
Ce principe est d’ailleurs appliqué par beaucoup de pays développés pour dynamiser les investissements qui permettent d’équilibrer les balances commerciales.

Vous n’êtes pas sans ignorer qu’aucun pays, aucune ONG, n’ont jamais crées de développement ni de richesse (à part la Principauté de Monaco peut etre…).
C’est le secteur privé qui développe le secteur économique d’un pays.

Vous êtes conseilleur Monsieur Legendre, mais nous, nous sommes payeurs et nous investissons, avec nos fonds propres, beaucoup d’argent.
Quand l’on "mouille sa chemise", l’on peut se permettre de donner l’exemple et d’être sincère.

Il ne faut pas opposer tous ces acteurs, mais au contraire les faire travailler ensemble pour une optimisation durable des résultats pour le bien des populations.

Je partage totalement vos citations de Latécoère et de Jacques Chancel…
Mais là encore, il ne suffit pas de citer… mais d’appliquer.

Peut être n’aurez vous pas, non plus, le courage de publier ma réponse…

Latécoère « J’ai refait tous les calculs. Ils confirment l’opinion des spécialistes : notre idée est irréalisable. Ils ne nous reste plus qu’une chose à faire : la réaliser. » Pierre-Georges Latécoère a fondé l’Aéropostale en 1919. La ligne Toulouse-Rabat via Perpignan, Barcelone, Alicante, Malaga et Tanger est (...)

Jacques Chancel Les hommes de qualité ne jugent jamais. Tout mépris étant pur alibi de la médiocrité de celui qui l’exprime.

par  Bruno Legendre, le dimanche 24 février 2013 à 21h18

Bien sûr que j’ai publié votre réponse, monsieur Prétot !

Pourquoi pensez-vous donc que j’ai écrit cet article si ce n’est pour vous inviter à un débat public ? Je vous enjoins cependant à plus de retenue dans vos propos à mon encontre. Mon objectif, en effet, est d’analyser un projet d’entreprise et la vision que vous proposez du développement rural, et non de porter un jugement de valeur sur une personne.

L’enjeu est trop important, et je crois que vous l’avez mal compris, comme en témoigne votre tentative de clore, par une condamnation, aussi hâtive qu’elle est infamante, de ma compétence ou de ma sincérité, un débat sur les fondements et la viabilité de nos propositions respectives.

Je suis sénégalais, monsieur Prétot. Et je suis préoccupé de l’avenir de mon pays et de celui de mes enfants. Leur famille est constituée pour sa grande majorité de paysans, parmi les plus démunis de ce pays. De ceux, peut-être, dont vous pensez pouvoir améliorer les conditions de vie.

Beaucoup de mes compatriotes me respectent pour avoir débuté et profondément ancré mon activité professionnelle de consultant, que j’ai voulue depuis toujours indépendante afin de pouvoir la consacrer à la promotion des valeurs auxquelles je suis attaché et m’y investir, dans un village à 600 km de Dakar. Ils savent que je n’ai pas l’habitude de prendre la parole à la légère, que je ne trouve aucun plaisir dans de vaines polémiques et préfère me consacrer à tenir les engagements que je prends quels que soient les défis qu’ils posent.

Ceux qui m’ont vu naître, ailleurs, étaient aussi des paysans. De ceux qui ont durement travaillé une terre ingrate pour en faire aujourd’hui la richesse de leurs enfants, de ceux qui on consacré leur vie à ouvrir pour nos générations les portes d’une société qui les avait exclus. Ils ont aménagé des sources pour alimenter leurs maisons en eau, organisé leurs communautés et fondé le crédit agricole, rêvé du miracle de l’électricité, mécanisé leurs fermes, se sont sacrifiés pour donner à leurs enfants l’instruction que, trop pauvres, ils n’avaient pu avoir. Tout cela de la seule force de leur volonté.

Alors, permettez-moi de croire à cette agriculture paysanne, à la richesse de ces terres qui, si elles étaient aussi marginales que l’on se plait à le répéter, ne susciteraient pas autant d’intérêt.

Monsieur Prétot, ce qui nous sépare fondamentalement c’est que je ne parle pas au futur, mais au présent. Je me garde de toute prétention, et rends humblement compte de mon expérience. Que je la partage, ce n’est pas pour promouvoir ma personne : que pourrais-je espérer ? Mais pour inviter d’autres sur le chemin que je pense avoir éclairci : c’est ainsi qu’une société évolue.

J’ai, voyez-vous, pris moi aussi le risque d’investir, car tout comme vous je suis convaincu que seule l’entreprise peut être porteuse de développement. Mais pour que celui-ci soit durable, la capacité de mobilisation de financements ne suffit pas : on pourrait faire l’inventaire des milliards qui ont été engloutis dans ce pays sans pour autant réduire d’aussi peu que ce soit la pauvreté. Ainsi, parce que je pense qu’il est d’autres formes d’investissement, qui doivent être valorisées parce qu’elles font la réussite de l’entreprise, je n’ai pas cherché à imposer, par mon investissement et la technicité que j’apporte, mon contrôle sur celle à la quelle j’ai largement contribué à donner naissance. Dans la société solidaire que j’œuvre à construire, l’argent constitue certes un outil indispensable pour accéder aux multiples ressources qu’offre notre monde, mais en aucun cas l’attribut d’un pouvoir qui écrase ceux qui n’en disposent pas et prétend, par sa seule maîtrise, détenir seul les clefs de leur avenir.

Utopie, direz-vous sans doute, mais voilà quand même ce projet qui émerge, se consolide progressivement et voit aujourd’hui se dessiner concrètement la perspective d’atteindre son équilibre économique.

Je suis bien conscient que cette réalisation est-elle loin encore d’être parfaite et qu’elle ne constitue qu’une pierre, mais je l’espère angulaire, d’un édifice dont la construction ne peut que relever d’un projet collectif.
Je n’ai, lorsque j’en parle, jamais prétendu autre chose que ce que les actes que je pose peuvent prouver. Ainsi je ne dis pas que je vais créer des dizaines de milliers d’emplois, et me garde bien de soulever des espoirs que je ne pourrais satisfaire. Mais grâce à un partenariat actif avec des paysans, des enseignants, et auquel sont en train de se joindre des élus locaux, j’ai créé trois emplois stables, je contribue à la formation technique d’une dizaine de paysans et cette année à l’initiation de plus de 1000 enfants aux richesses qui les entourent, aux principes d’un développement durable et à l’exercice de la démocratie locale.

Sachez enfin que je n’ai pour autant aucune hostilité envers l’investissement industriel dès lors qu’il est respectueux de l’environnement humain, social, culturel, naturel qui l’entoure et qu’il contribue effectivement à le promouvoir au-delà même de ses intérêts propres et immédiats. J’entretiens des relations d’amitié avec des hommes qui dirigent de grandes entreprises au Sénégal, y compris dans le domaine agricole, et je leur voue un profond respect pour la contribution inestimable qu’ils apportent au développement de notre pays.

En attaquant ma personne, vous avez adopté une mauvaise stratégie, Monsieur Prétot. Je savais, depuis notre première rencontre, que votre argumentation n’avait guère de fondements, et j’attendais que vous l’exprimiez publiquement pour pouvoir y répondre.

Je ne vous juge ni ne vous méprise, monsieur Prétot, mais cela ne m’empêche pas de considérer que les approches que vous proposez ne constituent pas une solution pour le développement rural et que vous faites erreur.

Pour conclure, et pour revenir au seul débat qui nous intéresse, juste une question : pour quoi investit-on un million d’euros dans des presses alors qu’il n’existe encore, loin alentours, et sans doute pour plusieurs années encore puisque vous en êtes à solliciter un accès aux terres sur lesquelles vous pourrez planter du jatropha, aucune production de graines pour les alimenter ?

Avouez que c’est intriguant… Mes parents et partenaires paysans seraient tentés de dire, dans leur bon sens, que cela est mettre la charrue avant les bœufs…

par  Christian PRETOT, le mercredi 27 février 2013 à 16h30

Bonsoir Monsieur LEGENDRE

Tout d’abord, je n’ai pas attaqué votre personne. J’ai eu beau relire mon texte, je n’y ai vu que la critique d’une idéologie que je condamne... ainsi que la méthode que vous avez employée pour répondre à un article paru dans la presse.

Aucune insulte dans mes propos, et si vous l’avez pris comme tel, vous m’en voyez bien désolé car là n’était pas mon intention.
Par contre, non, vous ne m’avez pas informé de votre article pour que j’y réponde... Je l’ai lu par hasard.
Peu importe.
Sachez juste que pour ma part, tous les membres de ma famille sont nés en Afrique et y ont été de grands cultivateurs, assistés d’ailleurs par vos anciens de l’ex ORSTOM (ex école d’agronomie coloniale).
Je lis dans votre réponse (ci après) avec beaucoup d’étonnement :
"Mais grâce à un partenariat actif avec des paysans, des enseignants, et auquel sont en train de se joindre des élus locaux, j’ai créé trois emplois stables, je contribue à la formation technique d’une dizaine de paysans…"
A ce rythme, Monsieur Legendre, il va vous falloir 3500 ans pour développer l’emploi en l’Afrique.
Il y a au Sénégal de très bonnes écoles d’agronomie pour encadrer le monde rural dans de très bonnes conditions.
Je ne pense pas que vos conseils soient réellement meilleurs…
Évidemment, les paysans ont une certaine apathie.
Mais quelle en est la véritable raison ?
Je vais reprendre rapidement l’analyse de mon ami Abdou qui l’a très bien résumée.
Sous la colonie, les français ont imposé la culture de l’Arachide.
Comme les paysans n’avaient plus de quoi se nourrir, les français ont donné en échange du Riz à une population qui se nourrissait essentiellement du Mil cultivé…
Ce Riz provenait des autres colonies françaises qui en surproduisaient.
Les colons ont donc changé les habitudes alimentaires des sénégalais qui sont passé du Mil traditionnel mais cultivé localement, au Riz importé.
Le problème est que le Sénégal n’est pas un producteur de Riz et il en cultive assez péniblement aujourd’hui (production légèrement augmentée par du Nerica…).
Le résultat est plutôt catastrophique. Les paysans sont cantonnés dans une mono culture de l’Arachide, qu’ils commercialisent avec plus ou moins de succès et un peu de Mil pour leur propre consommation.
Les revenus de l’Arachide servant à acheter du Riz…
Le constat d’aujourd’hui est simple malgré tout :
Des paysans découragés, en manque de moyens et de possibilité de développement.
Ce qui manque aujourd’hui, ce n’est pas tant de la formation ou des moralistes, Monsieur Legendre, mais des investissements massifs.
Quoi que vous en pensiez, seuls les investisseurs permettent ce développement.
Et je vous accorde que pour cela, il faut que ces investisseurs soient efficacement conseillés par des agronomes avisés pour développer une agriculture raisonnée et/ou intégrée.
Ce développement seul, peut créer rapidement de nombreux emplois .
Pas simplement vos 3 emplois en 30 ans d’Afrique…
Pour notre part, le marché est là Monsieur Legendre, vous ne pouvez pas le contester.
Une forte demande en huile de Jatropha, des terres disponibles, des paysans qui vont aussi apprendre une culture pérenne (l’exemple permettra sans doute le développement d’autres cultures…).
Alors pourquoi combattre cette réalité au lieu de chercher à l’exploiter au mieux de l’intérêt général ?
Il ne s’agit pas de promesses, Monsieur Legendre, mais de satisfaire une demande existante et donc génératrice de développement économique.…
NEO a investi 1,5M€… Un premier pas pour montrer l’exemple au monde paysan.
Pas une promesse.
NEO a créé plus de 10 emplois en moins de 2 ans pour notre installation.
Je ne dis pas que nous allons créer, Monsieur Legendre, nous sommes en train de le faire…
Pas une promesse.
Nous signons avec les producteurs des contrats d’achat de l’intégralité de leurs récoltes.
Pas une promesse.
Nous avons initié une pépinière pour fournir gratuitement les producteurs sous contrat.
Pas une promesse.
Nous finançons une petite ONG MADDA qui accompagne les paysans sous contrat sur le plan sanitaire. Une première mission entre autres a déjà été effectuée par un médecin auprès des populations avec lesquelles nous travaillons.
Pas une promesse.
Vous pouvez constater Monsieur Legendre, que nous ne promettons pas grand chose… Nous finançons et nous avançons dans une logique de développement effectif.
Nous ne mettons pas la charrue avant les bœufs, Monsieur Legendre, nous évitons de faire des promesses creuses et nous montrons activement le chemin.
Sur le Jatropha, il y a eu trop de promesses… mais les productions existent, certes en quantité et qualité limitées, mais nous allons dynamiser tout cela…
Nous acceptons volontiers vos éventuels conseils pour améliorer les rendements du Jatropha.
Ceci bénéficiera immédiatement aux producteurs…
Voilà encore une action concrète, que je vous propose avec plaisir.
Pas une promesse.
Quand vous travaillez pour les bailleurs en votre qualité de conseil, vous appliquez les tarifs sénégalais (puisque vous êtes sénégalais) ou des tarifs que je ne peux comprendre et sans rapport avec les salaires locaux ?
Je lis toujours avec un grand étonnement les TdR proposés aux bailleurs et surtout les per diem accordés.
Le prix du conseil est très élevé en Afrique…
Étonnant pour sauver les populations de la misère.
Pour votre part Monsieur Legendre, combien avez vous investi dans l’entreprise que vous citez ?
Non Monsieur Legendre, nous ne promettons rien… nous nous impliquons avec nos deniers PERSONNELS.
J’espère que vous avez compris également que nous montrons aussi l’exemple à des investisseurs potentiels dont l’Afrique manque tant…


Rien n’est plus dangereux que la certitude d’avoir raison.
François Jacob

par  Bruno Legendre, le vendredi 1er mars 2013 à 13h43

La dérision n’est pas une argumentation.

La question qui était posée est restée sans réponse. Mais en existe-t-il une ?

"pour quoi investit-on un million d’euros dans des presses alors qu’il n’existe encore, loin alentours, et sans doute pour plusieurs années encore puisque vous en êtes à solliciter un accès aux terres sur lesquelles vous pourrez planter du jatropha, aucune production de graines pour les alimenter ?"

par  Christian PRETOT, le samedi 2 mars 2013 à 15h25

Bonjour Monsieur Legendre

Vous m’écrivez :
La dérision n’est pas une argumentation.
La question était claire :
"pour quoi investit-on un million d’euros dans des presses alors qu’il n’existe encore, loin alentours, et sans doute pour plusieurs années encore puisque vous en êtes à solliciter un accès aux terres sur lesquelles vous pourrez planter du Jatropha, aucune production de graines pour les alimenter ?"
Elle n’a toujours pas de réponse.
Peut-être n’en a-t-elle pas.


Je pense que vous n’avez pas lu attentivement mes différentes réponses.
Je vais donc les reformuler j’espère plus simplement.
(La reformulation est définie par Carl Rogers et G. Marian Kinget avec la citation : « la reformulation a pour but d’extraire du contenu communiqué le sentiment inhérent à ses paroles et à le lui communiquer sans le lui imposer »
Tout d’abord, il existe bel et bien des exploitations dont certes, les quantités et la qualité sont en dessous de nos attentes, mais qui sont de nature à être optimisées.
Le fait d’avoir un débouché économique immédiat de la culture du Jatropha par la construction d’une unité de trituration industrielle doit redonner confiance aux producteurs.
Tous les programmes qui ont été réalisés n’ont pas tenu compte d’une commercialisation immédiate.
Comme déjà dit, nous ne faisons pas de promesse… nous montrons le chemin… par l’exemple de notre investissement.
Nous avons une forte demande en huile (plus de 200 000T/an), des terres disponibles, des producteurs...
Nous avons l’ambition de prendre le lead de cette filière, et nous devons donc prendre de l’avance.
Un entrepreneur ne voit pas le monde tel qu’il est, mais comme il souhaite qu’il devienne…
Pour cela nous sommes conscients, comme dans toute activité entrepreneuriale, des risques à prendre.
Je pense que vous ne pouvez réellement comprendre ce que signifie réellement "Entrepreneur".
La somme de nuits blanches, de doutes, d’énergie, d’investissement, un but et une volonté de dévouement qui implique même un engagement émotionnel, constituent les principales qualités qui peuvent aussi se résumer par pugnacité.
« L’entrepreneur est un homme dont les horizons économiques sont vastes et dont l’énergie est suffisante pour bousculer la propension à la routine et réaliser des innovations
Joseph Schumpeter /fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Schumpeter> .
En votre qualité de conseil (Performances)de nombreux projets de plantations de Jatropha comment expliquez vous vos échecs ? (que nous assumons aujourd’hui avec vos clients et producteurs)
L’ingénieur agronome est un scientifique mettant en œuvre ses connaissances scientifiques dans le but d’optimiser les systèmes de productions agricoles.
De mémoire, la région de Gembloux en Belgique était impropre à la culture de la pomme de terre. Elle est aujourd’hui, grâce aux agronomes, le bassin principal de cette culture. (La frite compte beaucoup pour nos amis belges).
Merci de m’éclairer sur votre curieux sous entendu... que je ne comprends pas
“Peut-être n’en a-t-elle pas”
Meilleures Salutations
PS : Essayez de hiérarchiser si possible nos échanges. Difficile de s’y retrouver entre les questions/réponses

par  Bruno Legendre, le dimanche 3 mars 2013 à 23h11

Bonsoir,

Je comprends bien que l’on investisse pour :

  • Offrir un débouché immédiat à toute production et ainsi donner confiance aux paysans
  • Répondre à une demande (d’autant qu’elle est forte : 200.000 T/an)
  • Réaliser un objectif personnel (prendre de l’avance pour être le lead d’une filière)

Cela est tout à fait clair et très classique.

La question que je pose, c’est la raison d’un tel niveau d’investissement alors qu’il n’existe pas (vous le confirmez) de production à hauteur de la capacité de trituration installée et qu’il va falloir du temps, pendant lequel cet investissement restera improductif, pour la développer.
Et si je la pose cette question, c’est que ce qui, en fait, inquiète, c’est que vous prétendiez pour sécuriser un investissement qu’il n’était pas, sauf erreur, absolument indispensable de réaliser à cette échelle, vous approprier 60.000 hectares : l’équivalent de la moitié des terres actuellement irriguées dans la vallée du fleuve Sénégal....

Avez-vous un éclaircissement sur ce point, ou passons-nous à une autre question ?

par  Christian PRETOT, le mercredi 6 mars 2013 à 21h47

Bonjour Monsieur Legendre

Je ne vais pas manquer l’occasion de vous répondre encore une fois.
Je me demandais simplement quand vous alliez enfin aborder le sujet ouvertement.
Je vais apporter 2 réponses à votre questionnement.
L’une concernant la stratégie de développement de NEO Sénégal dans le domaine et l’autre plus sur le fond de ce problème.
Comme vous ne l’avez pas compris, Monsieur Legendre, en construisant une usine de trituration, NEO Sn a choisi la partie technique de la transformation du Jatropha.
Quand NEO Sn avance un chiffre de 60 000 ha, cela correspond à l’outil de production que nous projetons de mettre en place en le répartissant judicieusement sur le territoire national.
 A l’inverse de certains investisseurs nous n’avons pas l’ambition de tout faire et/ou de simplement exporter des graines sans investissement industriel local.
Votre allusion est donc parfaitement gratuite puisque ceci n’est et n’apparaît dans aucun de nos documents.
Ou sinon, nous aurions sans doute commencé par planter, et, les récoltes arrivant, nous aurions construit l’usine ...
Comme vous ne voulez pas l’admettre, malgré l’avoir lu à plusieurs reprises, nous établissons des contrats de 15 ans avec des producteurs, nous ne cherchons pas à cultiver en direct.

Cette mauvaise foi évidente, alimente votre fond de commerce. Mais j’y reviendrai plus loin sur le fond.
Cependant, afin de montrer l’exemple nous cherchons à co-investir avec un ou plusieurs entrepreneurs sénégalais ou GIE sur 1000 ha (toujours judicieusement répartis sur le territoire).
Et oui, comme vous ne l’avez visiblement pas compris Monsieur Legendre, nous sommes aussi pour un développement équitable.
Mais à votre différence, nous cherchons des outils modernes qui portent le monde rural vers un véritable développement économique, pas simplement 3 pitoyables créations d’emplois en 20 ans.
Ceci m’amène sur le fond du problème des "accaparements de terres".
Cheval de bataille de certaines ONG et de quelques "bien pensants" sur fond d’idéologie complexée post coloniale.
Je pense que cela est le fond de votre questionnement…
Certains (dont vous faites partie Monsieur Legendre) pensent qu’après avoir largement exploité les populations africaines aux temps les colonies, nous devrions enfin laisser les paysans dans de petites exploitations familiales à leur mesure (environ 3 ha en moyenne contre environ 50 ha* en France).
La peur compléxée et sous entendue, mais désuète aujourd’hui, du néo colonialisme pointe là le bout de son nez…
Le problème, Monsieur Legendre, est que ceci cantonne les paysans dans une agriculture de survivance, favorisant l’illettrisme et l’exode rural…
Pire, cela aggrave encore le sous développement et l’accès aux techniques modernes agricoles.
Je ne peux pas oublier non plus, le très mauvais état sanitaire des paysans constaté à chaque mission médicale de mon épouse, médecin, dans les villages avec lequels nous travaillons.
Dans une cruelle réalité, Monsieur Legendre, depuis 20 ans vous faites partie, à juste mesure, des responsables de ce lourd bilan.
Je vous invite à la lecture d’un livre très intéressant de Monsieur Severino " Le temps de l’Afrique".
Depuis plus de 50 ans les pays du Nord perfusent l’Afrique à coup de subventions, de directives très techniques des bailleurs de fond… bien conseillés par des cabinets très Performants… sans résultat probant…
Je ne parle pas des ONG guidées par une idéologie dépassée qui a aujourd’hui démontré ses limites par le triste constat d’un échec quasi total.
Certes, je vous accorde que les problèmes de gouvernance n’ont pas allégé ce bilan…
Convenez Monsieur Legendre, que votre propre vison est aujourd’hui complètement surannée… vous me vantez d’avoir créé 3 emplois en 20 ans d’Afrique…
Pourquoi rejeter des investissements agricoles étrangers à grande échelle ?
Ils vont dynamiser l’économie du pays et donner l’exemple à des entrepreneurs africains…
Monsieur Montebourg rêve de cela toutes les nuits depuis qu’il est aux commandes…
Le vrai problème n’est pas la taille des concessions des terres ou le nombre d’années accordées, mais une bonne transparence des contrats, une obligation de politique réelle RSE des entreprises qui investissent avec des reportings mesurables rendus public…
Enfin, il est fortement souhaitable qu’une bonne coordination avec des ONG, du type WWF par exemple, soit mis en place pour garantir une réelle application d’une agriculture raisonnée et/ou intégrée…
Voilà ce que moi, j’appelle une solution de développement économique durable…
Curieusement, l’Ukraine qui relance efficacement son économie agricole en proposant des baux de grandes surfaces pour 50 ans pour les étrangers, ne gêne personne…
Ah j’oubliais, nous n’avons pas colonisé l’Ukraine, ils se sont juste libérés tout seuls, du joug communiste…
Tous les paysans ne seront pas patrons, et alors ?
Tous les africains le sont-ils ?
Soyez assuré, Monsieur Legendre, que lorsque les jeunes ruraux pourront avoir un véritable espoir de se développer ou simplement de gagner honorablement leur vie, ils resteront sur les terres.
Aussi, grâce à cet exemple, des entrepreneurs locaux vont se révéler, investir, moderniser l’agriculture… Monsieur Legendre… mais tous ne seront pas des patrons…
Pourquoi vouloir garder toutes ces exploitations de type familiales, qui stagnent dans la pauvreté et la survivance tout en favorisant le travail des enfants ?????
L’autre problème est sans doute que lorsque les pays émergeants auront enfin atteint la modernité à laquelle ils ont droit… beaucoup de conseilleurs, d’ONG bien pensantes devront aller œuvrer au pays des esquimaux sur la bonne manière de faire des trous dans la glace…
Avant que vous ne passiez à une autre question, dont je me doute encore du sujet et dont vous êtes certainement impatient de m’interroger.
Et maintenant que je vous ai parfaitement éclairé sur la politique de NEO Sn et ma façon personnelle de penser, j’espère qu’à votre tour vous allez répondre aux questions que je vous ai posées dans mes courriers précédents…
Encore une fois, il n’y a aucune critique sur votre personne. Simplement sur la méthode et l’idéologie que vous prônez…
En fait, tous ces problèmes sont bien plus complexes encore.
Il convient donc de ne pas laisser la réflexion aux seuls technocrates ou universitaires enfermés, dans de beaux bureaux climatises, encore moins, aux seules ONG prônant un monde parfait, ni aux industriels avides de profits...

Il faut sans doute accepter que chacun ne détienne qu’une part de vérité et non pas de LA vérité, qui n’existe que dans un autre monde ... mais là encore, c’est une autre histoire.

En résumé, sortons de nos confortables bulles intellectuelles...

L’homme raisonnable s’adapte au monde ; l’homme déraisonnable fait tout son possible pour adapter le monde à lui. Il en découle que tout progrès dépend des hommes déraisonnables.
Bernard Shaw
*Pour info, tout le monde s’accorde à dire que la taille moyenne des exploitations françaises, est critique sur le plan économique.

Je me tiens à votre entière disposition pour tout renseignement complémentaire

Meilleures Salutations

par  Bruno Legendre, le vendredi 8 mars 2013 à 00h10

Monsieur Pretot,

Vos critiques infondées sont aussi lassantes que flagrante est votre tentative de vouloir, par un flot de propos sans objet, détourner l’attention des vrais questionnements.

A l’évidence vous ne me connaissez pas, pas plus que mon activité ni les conditions dans lesquelles je l’exerce. Vous m’associez à des idéologies qui ne sont pas les miennes, m’attribuez des propos et des actions qui ne sont pas les miens, et une vision du développement rural ou une conception de l’exploitation agricole que je ne partage pas. Mais qu’importe, ce n’est pas là l’objet de cet échange.

Si je vous résume bien, vous n’avez aucune intention de vous approprier 60.000 ha, mais simplement de contractualiser, sur une durée de 15 ans et sur la base de prix indexés, votre relation avec les paysans qui s’investiraient dans leur mise en valeur.

Il s’agit, selon une récente publication de l’ISRA, de contrats qui vous accordent une exclusivité sur la production de ces plantations, à un prix initial 80 €/t (52 FCFA/kg). Pourquoi pas, dans la mesure où, vous en soulignez vous-mêmes l’importance, ces contrats sont établis sur une base équitable et de façon transparente.

Mais, quand bien même je sais que vous vous ferez un plaisir de narguer ma méconnaissance de la logique entrepreneuriale, puis-je vous demander ce qui justifie cette exclusivité ?

J’aurais imaginé que, fort de l’enthousiasme que ne peut manquer de susciter auprès des paysans sénégalais votre vision de leur avenir, le respect que vous portez à leurs intérêts et les opportunités que votre initiative ouvrira à leurs enfants, vous ne craignez guère de concurrents ?

Enfin, alors que je pensais avoir bien entendu votre position, j’ai trouvé la deuxième partie de votre réponse quelque peu déroutante. Pourquoi tant insister sur cette question d’accaparement des terres dont vous vous efforciez, juste avant, de montrer qu’elle était hors sujet ?

Avouez que cela ne facilite pas la lisibilité (la transparence disiez-vous) de votre projet. Peut-être pourriez-vous vous concentrer sur l’essentiel afin de nous éviter de nous méprendre sur vos propos ?

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