Voilà des dizaines d’années que des pays comme le Burkina Faso ont adopté et développé la réalisation de diguettes anti-érosives pour restaurer la capacité de production des sols dans les zones où l’irrégularité des pluies ne permet pas d’assurer une production régulière de cultures vivrières. La technique est bien connue, très accessible à n’importe quel paysan qui a appris à fabriquer et manier un niveau à eau.
Pour arriver à maturité, le mil a besoin de 500 mm d’eau. Sur un sol déssèché, l’eau de pluie ruisselle au lieu de s’infiltrer. Les plantes ne peuvent pas en profiter, et de plus, dans sa fuite elle détériore les sols en les ravinant et les appauvrit en emmenant vers le bas de la pente tous les éléments nutritifs et la matière organique. C’est ainsi que dans le dieri et le ferlo, ces grands espaces du centre et du nord du Sénégal, l’agriculture vivrière est quasiment à l’abandon, et avec elle disparaissent des savoirs immenses : les peuls de Guirvass, bien loin d’être de simples bergers, identifiaient six types de sols et avaient sélectionné six variétés de mil différentes adaptées à chacun d’entre eux !
Et pourtant....
Il suffit d’une petite levée de terre en travers de la pente, réalisée à la main ou à la charrue, pour obliger l’eau à s’inflitrer. En 1987, c’est ce que j’ai fait sur un terrain sablo-argileux, dans un village du dieri, où rien n’avait poussé depuis plus de 10 ans si ce n’est du « tuppere » (tribulus terrestris) et quelques « guidile » (boscia senegalensis). Cette année-là, il n’est tombé que 300 mm de pluie, mais le résultat a été impressionnant. Le mil (une variété à cycle court) et les pastèques semés en amont le long de la diguette ont poussé, fleuri et fructifié ! Et le sol s’est reconstitué en formant une mini-terrasse.
Mais alors, pourquoi de telles techniques ne se sont-elles pas diffusées ? Pourquoi s’est-on orienté vers la réalisation de bassins de rétention qui demandent de gros moyens mécaniques pour leur réalisation, qui sont rapidement comblés par les sédiments qui s’y accumulent, dont l’exploitation suppose une redistribution des droits fonciers traditionnels et l’acquisition de moyens d’exhaure, et qui finalement n’ont jamais eu le moindre impact durable sur l’agriculture locale ?
Un bilan des ressources en eau du Sénégal, réalisé en 2011, montrait que la maîtrise des eaux pluviales permettrait à ce pays d’atteindre réellement l’objectif d’autosuffisance alimentaire vers lequel il court sans succès depuis des années.
